Le petit chapon rouge

Il était une fois un chapon dans un poulailler, le plus joli qu’on eut pu voir. Il était la fierté de Mère-grand qui habitait la maison voisine.

Ce chapon portait fièrement sa jolie crête rouge, aussi l’appelait-on le petit chapon rouge.

Le poulailler comptait quatre poules, quelques poussins, le coq et le chapon. Les volailles étaient heureuses, dormant au chaud et bien nourries, gambadant le jour dans un grand carré d’herbe verte.

Le petit chapon rouge était tout de même le plus choyé. Et l’hiver approchant, Mère-grand venait le nourrir plus qu’à son tour, le caressait lui disant des mots doux qu’il ne comprenait pas. Mais il sentait, dans son petit cœur de chapon, qu’il était son préféré.

Les autres volatiles en étaient bien jaloux :

–        Ce n’est pas juste, disait la Roussette, toi tu as plus de grain …

–        Et Mère-grand te donne toutes les épluchures !

–        Et les croutons de pain ! déplorait la Brunette.

Le petit chapon rouge, qui avait bon cœur, était bien ennuyé, mais au fond il se savait plus beau, plus gros, différent d’une simple poule. Aussi répondit-il :

–        Je suis désolé mes amies, je reconnais que je suis bien gâté, trop peut-être, et parfois lorsqu’elle me tend le pain, je n’ai même pas faim …

Blanchette, qui était restée en retrait, s’approcha du groupe et dit :

–        Je ne t’envie pas, Mère-grand te câline, ce n’est pas bon signe …

–        Que veux-tu dire ? demanda le coq

–        Je veux dire que chaque fois que l’un d’entre nous est bien nourri, il disparait.

–        Peut-être va-t-il dans un autre poulailler, dit le chapon tout fier. Un poulailler où l’on garde les plus belles volailles.

–        Peut-être, dit Blanchette, mais peut-être pas !

–        Mais que veux-tu dire enfin, dit la Roussette, tu fais bien des mystères.

–        Je crois que tu es en danger petit chapon rouge, gare à tes plumes !

Le petit chapon rouge se mit à glousser de rire. Cette pauvre poule était folle et jalouse, elle qui ne savait que pondre. Aussi décida-t-il de l’ignorer et ne plus écouter les cancans de ces volatiles imbéciles.

Un matin, alors qu’il picorait tranquille, il entendit Mère-grand l’appeler de sa voix mélodieuse.

–        Petit-petit-petit, disait-elle.

Ce à quoi il répondit comme à l’accoutumée :

–        Cot-cot-cot …

Il s’approcha de la maison et alors, elle le fit entrer.

« Comme c’est étonnant ! » se dit-il. « Comme j’ai de la chance. Les autres vont être fous de jalousie, quand ce soir, je le leur raconterai ».

Mère-grand tenait dans une main un petit pot de beurre, dans l’autre une galette encore chaude.

Elle les posa sur la table et s’empara d’un long couteau.

Le petit chapon rouge découvrait cet endroit si bien chauffé qui sentait bon les herbes et le blé.

–        Oh Mère-grand, dit-il, que vous avez un joli plat !

–        C’est pour mieux te servir, mon petit chapon …

–        Oh Mère-grand, que vous avez un grand fourneau !

–        C’est pour mieux te réchauffer mon enfant !

–        Oh Mère-grand, que vous avez de jolis légumes, là-bas près de l’âtre …

–        C’est pour mieux t’accompagner, mon petit !

–        M’accompagner, mais où cela ?

–        Viens donc, dit-elle s’approchant, je vais te montrer …

–        Oh, Mère-grand, que vous avez un grand couteau ! 

–        C’est pour mieux te cuisiner …

Et disant cela, la grand-mère fondit sur le petit chapon.

Celui-ci dans un moment de panique, prit ses ailes à son cou et partit se percher sur le rebord de la cheminée. S’ensuivit une course effrénée entre Mère-grand et son chapon.

Celui-ci ne manquait ni de force, ni de courage, il réussit à se sauver, profitant de la porte restée entrebâillée.

Il courut vers ses congénères, voulant se réfugier au poulailler quand il entendit Blanchette qui lui dit :

–        Cours Chapon, sauve-toi, ne viens pas par-là, le fermier te cherche déjà.

Le petit chapon rouge passa la clôture, puis encore une et une haie de buissons. Il se retrouva soudain seul, à l’orée de la forêt, dans le froid.  

Il marcha longtemps, longtemps, picorant ça et là. Il trouvait à cette liberté toute neuve, un certain intérêt. Mais le froid lui mordait le derrière et ses congénères lui manquaient.  

C’est alors qu’il rencontra le loup.

–        Bonjour dit celui-ci, comme tu es joli, comment t’appelles-tu ?

–        Le petit chapon rouge.

–        Tiens donc, dit l’animal velu, ce nom ne m’est pas inconnu … et que fait un mignon chapon dans la forêt à cette heure ?

–        Je me suis sauvé de mon poulailler car Mère-grand voulait me manger.

–         La méchante …

Et parce qu’il trouvait injuste le sort qu’on réservait aux volailles à Noël, et aussi parce qu’il avait déjà mangé, le loup laissa s’en aller le petit chapon rouge.